Avec 279 barrages, et une superficie couvrante 41,44 % du territoire national, l’Agence de l’Eau du Mouhoun-Comoé (AEMC) s’affirme comme le véritable château d’eau du Burkina Faso. Huit millions de personnes, soit 39 % de la population nationale, dépendent directement de ses ressources. Mais cette richesse hydrique, colonne vertébrale de la sécurité alimentaire du pays, est aujourd’hui soumise à des pressions croissantes.
L’Agence de l’Eau du Mouhoun -Comoé s’étend sur 25 provinces et 6 régions, totalisant 180 communes et 113 620 km², soit près de la moitié du territoire national. Il doit son statut de château d’eau à deux cours d’eau pérennes, le Mouhoun et la Comoé, qui garantissent une disponibilité de l’eau en surface une grande partie de l’année. Cette continuité alimente des ouvrages stratégiques les barrages de Samendéni, Léry, Soum et Moussodougou, auxquels s’ajoutent Douna, Niofila, Tourny, Lobi et Salbisgo qui irriguent plus de 50 000 hectares et approvisionnent en eau potable plusieurs centres urbains, tout en soutenant la pisciculture et l’élevage.
Le sous-sol du bassin recèle une richesse complémentaire : une portion du bassin sédimentaire de Taoudéni, où certains forages atteignent des débits de 200 m³/h. Ces eaux souterraines constituent une source majeure d’approvisionnement en eau de boisson pour les populations riveraines.
Ce potentiel exceptionnel n’est pas sans risque. Occupation anarchique des berges et des espaces sensibles, utilisation abusive de produits phytosanitaires, orpaillage, dégradation des bassins versants, variabilité et changements climatiques : ces pressions multiples affectent simultanément la disponibilité et la qualité de la ressource, menaçant à terme la sécurité hydrique et alimentaire du pays.
Pour répondre à ces défis, l’Agence de l’Eau Mouhoun-Comoé (EC-AEMC) structure son action autour de six enjeux majeurs. Sur le plan technique, il s’agit d’améliorer la connaissance, le suivi et la gestion des ressources en eau et de leurs usages. L’enjeu social vise à assurer durablement l’approvisionnement en eau potable, l’assainissement et la sécurité alimentaire, tout en protégeant les populations contre les risques liés à l’eau.
L’enjeu économique porte sur la valorisation durable des ressources au profit de l’agriculture irriguée, de l’élevage, de la pêche, de l’aquaculture, des activités minières et industrielles ainsi que de la production hydroélectrique en conciliant développement économique et utilisation rationnelle de la ressource. L’enjeu environnemental engage la protection et la restauration des bassins versants, des cours et plans d’eau et des écosystèmes aquatiques, ainsi que la lutte contre les pollutions.
La gouvernance de l’eau constitue le cinquième enjeu, avec pour objectif de renforcer la concertation entre acteurs, la participation des usagers et la gestion transfrontalière des ressources. Enfin, l’enjeu financier vise à garantir le financement durable du secteur à travers la mobilisation de ressources via la Contribution Financière en matière d’Eau (CFE), l’État et les partenaires techniques et financiers.
Une responsabilité partagée
Si les efforts engagés par les plus hautes autorités et mis en œuvre à travers l’Agence Nationale des Bassins Hydrographiques (ANABH) constituent le socle de cette gestion, la protection et la gestion durable de l’eau ne relèvent pas des seules institutions. Chaque citoyen est appelé à respecter la réglementation en matière d’eau, à participer aux mécanismes de la Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE), à adopter des pratiques respectueuses des cours et plans d’eau, et à devenir un relais de sensibilisation auprès de son entourage.
Le message est clair : la préservation du château d’eau du Burkina Faso conditionne directement l’avenir hydrique, alimentaire et économique de la nation tout entière.
